Des exploitants du sable et moellons menacent l’environnement à Ntahangwa

Dans le cadre des formations qu’offre le CFM, des journalistes sont appelés à produire des articles et des reportages. Cela permet aux formateurs de voir comment  la théorie apprise est mise en pratique. Nous ouvrons une série de publications des articles dans le cadre des formations techniques en presse écrite couplée avec  celle du cours  « option presse écrite » au cours de ce mois de novembre 2012.

Plusieurs personnes extraient du sable et des moellons dans la rivière Ntahangwa. Des constructions sont aussi proches de cette rivière. Des défenseurs de l’environnement montent au créneau. Le directeur général de l’urbanisme promet des sanctions.

« La rivière Ntahangwa est menacée par ceux qui exploitent le sable et les moellons », déplore un habitant de Buyenzi proche des lieux. Plusieurs personnes grouillent dans cette rivière qui se déverse dans le Lac Tanganyika. Sous une fine pluie, certains s’activent à collecter les moellons, d’autres font des tas de sable. Aucune femme dans la rivière, mais des hommes seulement font l’activité. Bêches et des houes dans les mains et les habits des travailleurs sont mis à côté pour les porter dans l’après-midi en rentrant chez eux. Ils sont en tenues déchirées, habits appropriés à cette exploitation. Ils sont au milieu de la rivière, en train de creuser et ne permettent pas aux journalistes de prendre des images. Pour prendre quelques clichés, il faut se placer loin.

Ces exploitants affirment qu’ils participent à l’entretien de la rivière Ntahangwa. « L’exploitation du sable et des moellons empêche la rivière de déborder et de causer des dégâts », indiquent-ils sous couvert d’anonymat. Néanmoins, ils se gardent de tout autre commentaire et ne donnent aucune réponse à d’autres questions. 

Des camions sont chargés tout le long de la journée. Ils font plusieurs tours. «Tous ces moellons et sable sont utilisés dans différentes constructions », lance l’un des exploitants, en s’essuyant la sueur sur son visage. Les rives de Ntahangwa sont dangereuses car, plus on extrait les grandes pierres, plus la rivière s’enfonce progressivement en grignotant sur ces rives. Le pont de cette rivière et des maisons construites tout au long de Ntahangwa, à plus au moins 20 mètres se fissurent déjà. « Ils peuvent s’écrouler d’un moment à l’autre », constate un sexagénaire présent sur place. « Le lit de cette rivière devrait être protégé par une zone tampon », précise un spécialiste en environnement, qui requiert d’anonymat.

 Les normes environnementales ne sont pas respectées

Dieudonné Bizimana, coordonateur national de l’Association Burundaise pour la Protection des Oiseaux (ABO) s’insurge contre cette exploitation des ressources naturelles. Toutefois, il reconnaît qu’elle n’est pas mauvaise en soi : « En nous basant sur le suivi régulier que nous faisons sur cette rivière, Ntahangwa a quelquefois besoin d’être exploitée.» Néanmoins, rappelle-t-il, « les exploitants ne respectent pas les normes environnementales ». Pour lui, le code de l’eau précise que qu’aucune activité n’est prévue en marge de 50 mètres dans les rivières et à 100 mètres dans le Lac Tanganyika. Selon lui, ce manque de respect des normes cause la perturbation de la biodiversité. En outre, Dieudonné Bizimana  fait remarquer que cela augmente les risques de catastrophes naturelles comme les inondations causant les éboulements de la rivière Ntahangwa. Le coordonateur national de l’ABO propose une plate-forme de tous les concernés pour discuter des voies et moyens de l’exploitation durable des ressources naturelles en respectant les normes environnementales.

Des mesures seront prises

Nous n’avons pas pu joindre le Directeur Général de l’environnement. Pourtant, Jean Bosco Nsabumuremyi, Directeur Général de l’urbanisme promet des sanctions. « Nous avons mis en place une commission chargée de faire l’inventaire des constructions le long du Lac et de la rivière Ntahangwa, mais le rapport n’a pas encore été produit », précise-t-il. Et d’ajouter que s’il s’avère nécessaire, des mesures, même radicales, pourront être prises si c’est dans l’intérêt de tous. « Nous avons déjà démoli des constructions dans ce sens », souligne le directeur général de l’urbanisme. Dans le même sens de protéger l’environnement, il indique qu’une approche est en cours sur un consensus pour protéger les berges de la rivière Ntahangwa.

Cependant, si une parcelle a été octroyée, documents à l’appui, cela n’a rien d’illégal: « Si une étude d’impact environnemental est bien menée, une certaine distance peut être respectée dans l’octroi des parcelles par rapport au Lac, en se rassurant de la stabilité des constructions. »

 M. Jean Bosco Nsabumuremyi précise par exemple qu’à Mombassa, les constructions bordent l’océan : « Et pourtant, nous avons le même objectif de développement (…)  Malheureusement, poursuit-il, certains individus s’engouffrent dans des projets  de l’urbanisme ». toutefois, il espère que les gens vont se conformer à la loi au lieu de faire recours aux sanctions.

Photo CFM

 Dieudonné Hakizimana.

Journaliste du journal Iwacu en formation.