Faut-il croire aux votes par SMS ?

Photo CFM

Un message envoyé par téléphone mobile… Et hop, la radio enregistre le vote. Le phénomène, simple, prend de l’ampleur. Mais quelle est la crédibilité de ces votes d’un nouveau genre ?

Apparus en 2009 sur Rema FM, les SMS prennent de plus en plus d’importance dans l’univers radiophonique burundais. Des radios comme CCIB FM+, la RPA, Isanganiro ou RSF Bonesha, ont emboité le pas. Selon Willy Nyamitwe, le créateur de « SMS média », première société à avoir investi le secteur, l’objectif était de permettre aux auditeurs d’être en contact de façon rapide, spontanée et bon marché avec leurs stations préférées.

D’un coup les dédicaces sont devenues plus faciles et moins coûteuses que par la voie classique où il fallait acheminer des cartes dans les points de ventes pour les retourner à la station radio. Les SMS permettent également de collecter l’argent avec moins de risque de perte ou de détournement. Le vote par SMS lors des compétitions comme « Miss Burundi » ou les « Isanganiro Awards » a permis de collecter de l’argent pour l’organisation.

Le prix d’un SMS lors des votes varie de 100 à 300 frbu, selon la société de téléphonie mobile Leo. De 500 à 1 000 frbu selon la société SMS. Mais la transparence n’est pas forcément de mise du côté des consommateurs : qui ne s’est jamais lamenté de ne pas avoir été informé du prix en regardant la balance de ses dépenses ?

Quoi qu’il en soit, le succès ne se dément pas. SMS média revendique plus de 3 000 SMS par jour. Léo, lui, en a reçu plus de 160 000 en 2 jours, lors de la dernière compétition qu’il a organisé à l’occasion de la Champions League.

Une manne pour les intermédiaires

Les sociétés de téléphonie ont signé des contrats avec des intermédiaires comme SMS média. Les équipements des sociétés sont interconnectées, ce qui leur permet d’échanger des données… et les recettes. Entre Léo et SMS Média par exemples, le prix fixe d’un message est convenu en fonction de la marge bénéficiaire prévisible. Selon Christian Kabirigi du service marketing de Léo, le prix d’un SMS est variable selon l’importance de l’événement ou le revenu escompté. Leo perçoit 50 % du prix payé par l’auditeur, la radio 20 %, et l’intermédiaire 30 %.

Même si notre source ne révèle pas le revenu mensuel des SMS , ce partenariat rapporterait beaucoup. Si l’on considère que le gagnant des derniers « Isanganiro Awards » a eu 800 votes, cela correspond à un minimum de 16 000 frbu pour la radio. Pour une société comme SMS média, c’est une manne d’au moins 90 000 frbu par jour !!

Selon Mukombozi un des chanteurs qui participait aux « Isanganiro awards », les compétitions par SMS sont douteuses : « les organisateurs de ces événements ont reçu le mot de passe de SMS média qui donne accès au comptage des voix en temps réel. De ce fait, les organisateurs peuvent informer le participant dont ils sont fans qu’il est dépassé par un concurrent et ce dernier peut à son tour demander à ses amis d’envoyer encore plus de messages pour augmenter ses chances de gagner… » Mukombozi déplore en outre le fait de ne pas être impliqué dans l’organisation. « Le vote par SMS peut être crédible si les organisateurs sont sérieux », résume-t-il.

L’un des organisateurs de ce genre de compétitions, Christian Nsavye, admet que le vote par SMS n’est pas toujours crédible : « Puisqu’un numéro de téléphone peut voter autant de fois qu’il le veut, cela amène à penser que le but de ces compétitions est plus commercial qu’artistique. »

Ce point de vue n’est pas très différent de celui de Willy Nyamitwe : « la tricherie est toujours possible surtout quand il n’y a pas de logiciel de gestion. Néanmoins le vote par SMS revêt une certaine crédibilité par rapport au vote classique, qui, lui, est facilement manipulable. Les critères subjectifs ont moins de place donc d’influence. »

A quand dans les actualités ?

Comme il échappe à tout contrôle, le vote par SMS est mis en cause par le président du Conseil National de la Communication (CNC), Pierre Bambasi, qui reste dubitatif : « On peut s’influencer mutuellement et donc fausser les résultats. Il y a aussi un risque de corruption du fait que certains candidats peuvent intéresser le public pour que ce dernier vote en leur faveur. »

Pour l’heure, les émissions d’actualité n’utilisent pas encore de votes par SMS. Néanmoins, le président du Cconseil Natioanl de la Communication (CNC) n’y serait pas opposé : « Ce serait l’un des moyens pour les auditeurs de réagir à l’information. Ce qui permettrait un apport en terme de correction ou d’ajout à l’information diffusée car il est des fois où les journalistes diffusent une information incomplète et n’en font pas le suivi. » Le journal étant préparé à l’avance, il serait possible de donner l’occasion aux auditeurs de s’exprimer au cours du bulletin et de lire les commentaires ou le résultat d’un sondage en temps réel à la fin du journal. Et le président du CNC de conclure : « Pour nous l’essentiel c’est qu’il n’y ait pas de dérapage. »

Vincent Nkeshimana, directeur d’Isanganiro, trouve lui-aussi que ce serait un plus de donner l’opportunité aux auditeurs de contribuer à l’information avec des SMS. Et lui-aussi, dans sa position de président de l’Association burundaise des radiodiffuseurs, se demande bien pourquoi les médias le font pour certaines émissions et non pour le journal. Pas encore ?

Jonas Mashurushuru, Aline Nirere, Anicet Nyamweru et Lyse Gahimbare

Cet article a été réalisé dans le cadre d’une formation pratique de vingt heures aux techniques de l’enquête journalistique, au CFM, du 3 au 6 juillet 2012.

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Les nouveaux médias au service d’une élite ?

La formation continue offre une opportunité aux journalistes tant de la presse publique que privée de continuer d’informer au delà de leurs rédactions. Et sur les nouveaux supports, comme le net. Cette nouvelle forme de presse pemet aussi à ceux qui n’exercent plus de continuer à être journalistes. Le seul grand handicap  est que tout ce monde, plein de volonté de contribuer à l’édifcation d’une socièté plus informée , manque de matériel pour réaliser ce devoir civique.La population burundaise, à plus de 90 % analphabète trouve l’essentiel des infos à la radio. Ces nouveaux médias sont ils lus ? Ou il s’agit encore une fois de plus d’une affaire de l’élite ?