20 journalistes TV, radio et de la presse écrite suivent le module sur l’investigation

C’est la seconde session de formation. L’objectif essentiel de cette formation est de donner aux journalistes retenus des techniques de base du journalisme d’investigation. Ainsi dès le second jour de la formation, le formateur  Jean Pierre Uwimana, Directeur du Centre des Medias de Kigali (GLMC) a réparti les journalistes en plusieurs groupes. Puis ils ont choisis des sujets ensemble qui feront objet de reportages que vous trouverez  sur notre blog.

Le formateur Jean Pierre Uwimana en pleine formation

Vue d’ensemble des journalistes en pleine formation

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Le bétail est-il devenu un business ?

 

Photo CFM

La plupart des gens investissent dans des activités comme l’hôtellerie, la restauration ou les transports pour créer des emplois et faire de bénéfices.Mais tous comptes faits, d’autres secteurs restent à explorer.La vente du bétail est-elle devenu à son tour une activité à caractère commercial ?

L’élevage burundais a subi de profondes mutations. Bien qu’encore ancrée dans les esprits, l’image de l’éleveur contemplatif, soucieux d’acquérir des animaux pour asseoir son statut social, appartient désormais au passé. L’élevage a évolué et s’est transformé. Il s’est progressivement intensifié grâce à la diversité desraces amélioréesqui sont apparues. Il s’agit principalement des Ankolé, des Sahiwal et des Frisonne.

 

L’élevageoccupe toujours une place déterminante dans l’économie nationale. Le rapport sur les caractéristiques de l’élevage et situation des ressources zoo génétiques au Burundi réalisé par le ministère de l’agriculture et de l’élevage enjuin2012montre que 9 travailleurs sur dixrelèvent dessecteurs de l’agriculture et de l’élevage. Essentiellement extensif, ce dernier est pratiqué par 58% des exploitations et contribue à la hauteur de 8% à la richesse nationale.

 

Néanmoins,la crise socio-politique qui a secoué notre pays et qui a été àl’origine d’importants dégâts humains n’a pas épargné le domaine de l’élevage.Face à cette situation, le gouvernement a lancéune politique de repeuplement du cheptel.Plusieurs projets ont été initiés parmi   projet d’appui à la reconstruction  de l’élevage (PARSE). Selon le « Document d’orientations stratégiques pour le secteur de l’élevage : 2000-2011 » de la FAO, avant la crise, le nombre de bovins était estimé à environ460 000têtes en 1992.En 1997, ilétait descendu à prèsde 310 000.Après la crise, le nombre de bovins a connu une certaine remontéeet le cheptel comptait 586 000 têtes en 2010

 

Deux pays d’origine

 

Le bétailvendu dans notre pays provient essentiellement de deux origines : la Tanzanie et l’Ouganda. Pour la Tanzanie, les commerçants burundaiss’y approvisionnent et acheminent ce bétail vers les abattoirs via les marchés se trouvant à l’intérieur du pays : Gitega, Ngozi, Kayanza, Bujumbura-Rural et Bururi. Pour le cas de l’Ouganda, des projets financés par des ONG telles que le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), World Vision, la FAO et bien d’autres s’approvisionnent par le biais de commerçants qui concourent à desappels d’offre lancés pourprocéder à la distribution du bétail aux paysans réunis en association de développement.

 

A titre d’exemple, entre 6 et 12 intermédiaires répondent en général aux appels d’offres du PARSE. Depuis sa création en 2008, ce projet a déjà effectué deux appels: un en 2010 et l’autre est en cours d’exécution.Pour le premier, les commerçants devaient fournir 600 bovins. Pour celui qui est en cours, 700.

 

Les grossistes s’intéressent de près au marché du bétail. Un grossiste de nationalité grecque qui exerceà Bujumbura dit avoir réussi à ouvrir une charcuterie réputée pour la qualité et la quantité de la viande qu’il offre. Il y parvient en se rendant aux marchés de l’intérieur du pays où il achète à bas prix des vaches de taille moyenne. Il commence à les entretenir pendant 5 à 6 mois avant de les faire abattre.Il détientainsi une ferme de plus de 600 vaches et 120 sont abattues chaque semaine. Le réapprovisionnement est continu. Une centaine de personnes y travaillent.

 

Des revenus pour l’Etat

 

Un porte-parole du ministère du Commerce indique que ce genre d’intermédiaire doit impérativement payer la taxe sur la valeur ajoutée, comme pour les autres marchandises, soit 18 %. Cette TVA est exigée à quiconque exerce un commerce selon la loi. A cela s’ajoutent des prélèvements forfaitaires imposés aux commerçants de bétail. Le montant exigé par la commune hébergeant le marché est de800 fbu par tête de bovin et 500 fbu pour les caprins. Même si le marché du bétail génère des revenus à l’Etat, il n’y a pas de réglementationspécifique pour ce genre d’activité. Le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage qui travaille en étroitecollaboration avec celui du Commerce annonce qu’une loi est en cours de rédaction.

 

Le bétail est peut-être devenu un business, mais ce n’est pas un business sans risques : certains commerçants se disent confrontés à des pertes énormes. A l’abattoir de Bujumbura, un commerçant explique : « Je peux m’approvisionner à raison de1.000.000fbu pour une vache d’environ 500 kg et enregistrer une perte de 200.000fbu après sa vente. Sans compter les dépenses effectuées pour le transport et le paiement des taxes… » C’est sans doute l’un des facteurs aggravants de la crise de la viande : aujourd’hui, le prix du kilo atteint 8.000fbu alors qu’il était à 5.500en 2010…

 

 

 

Prosper Hakizimana, Espérance Ndayikengurutse, Evelyne Kaneza et AxellaHoraho

 

Cet article a été réalisé dans le cadre d’une formation pratique de vingt heures aux techniques de l’enquête journalistique, au CFM, du 3 au 6 juillet 2012.

 

Production CFM: Les conflits fonciers opposant les particuliers à l’Etat burundais

Terres de toutes les convoitises, les marais sont porteurs de conflits dangereux. Dans la province nordique de Ngozi, leur exploitation a déjà mis aux prises l’Etat et les particuliers, d’une part, et des particuliers entre eux, d’autre part. Cette situation n’est pas le fruit du hasard. L’administrateur de la commune Ngozi M. Claude Nahayo, considère que ces querelles trouvent leu source dans la spéculation sur ces terres réputées fertiles. Deux raisons majeures expliqueraient cette situation. D’abord au niveau des collines, dit-il, les terres sont exiguës. Ensuite, les aléas climatiques empêcheraient une bonne production agricole. Par contre, les marais sont réputés très fertiles et surtout les gens peuvent y cultiver en toutes saisons.

Les choses sont compliquées par l’ambiguïté du régime juridique des marais révélée par les nombreuses contradictions entourant leur gestion. En guise d’illustration, l’article 331 du code foncier burundais stipule que « les marais exploités appartiennent à celui qui les a mis en valeur et non à celui à qui appartient la terre dont ils constituent le prolongement ». Par rapport à cette disposition, les gens peuvent croire que les marais exploités appartiennent aux particuliers alors que ceux non encore défrichés relèvent du domaine de l’Etat.

Toutefois, Claude Nahayo, administrateur de la commune Ngozi a une vision différente : « La loi dit que les marais appartiennent à l’Etat. A tout moment, si l’Etat se sent dans le besoin de récupérer oude revaloriser les marais, il le fait sans hésitations ». Il apporte néanmoins une petite nuance en disant que « celui qui a défriché, pour la première fois une portion de marais, a le plein droit de continuer à l’exploiter aussi longtemps que ‘Etat n’a pas senti la nécessité d’y réaliser un projet quelconque ». En définitive, M. Claude Nahayo persiste et signe : l’Etat est le seul propriétaire des marais.
Les exploitants des marais estiment quant à eux que la loi devrait changer. Mamerte Ntahongendera, 64 ans, exploite depuis son jeune âge le marais de Rufunzo situé en commune Mwumba. Elle dit que c’est injuste que ces marais appartiennent à l’Etat alors qu’ils constituent la grande source de sa survie. Un autre vieux de 70 ans, Sylvestre Nikonabasanze, exploitant du marais de la Karungura, va plus loin : « Si la commune tente d’attribuer nos parcelles à d’autres personnes, nous nous y opposerons avec toute notre énergie, car la vie de nos enfants en dépend ».

Ces mises en garde semblent ne pas émouvoir l’administration. Des cas d’expropriation ont été enregistrés. Ainsi, un certain Oscar Nimubona de la colline Gitwa, en commune Mwumba, signale le cas qui s’est produit au marais de Rukurazo. Un ancien chef de secteur nommé Fidèle Nyandwi, s’est attribué des parcelles appartenant à autrui, arguant qu’il avait eu l’autorisation de l’administrateur communal. L’administrateur de la commune Ngozi estime cependant que les conflits entre la commune et les particuliers ne sont pas nombreux car, dit-il, l’administration ne peut pas se livrer à des expropriations illégales systématiques. Par contre, les différends fonciers entre particuliers sont de loin les plus nombreux. Ce type de conflits est aggravé par la vente clandestine des parcelles des marais par des gens qui n’en n’ont pas le droit. Par ailleurs, les cours et tribunaux éprouvent des difficultés à délimiter les parcelles litigieuses.

Daniel Ndikumana – Agence Burundaise de Presse – Burundi